Le Coran : une autre histoire d’Adam, d’Eve et de la pomme

L’histoire de la création d’Adam et Eve ainsi que la scène du péché : c’est plus qu’une histoire littéraire ou scientifique. Ce n’est ni de la poésie ni de la biologie : c’est une histoire qui concentre en elle toute une série de sagesses sur :

  1. La nature de l’homme et de la femme
  2. Le sens de la vie, du permis et de l’interdit dans la vie de l’être humain
  3. La valeur de l’amour et du plaisir sexuel dans le couple
  4. La valeur de la connaissance
  5. La responsabilité du mal

A travers le récit de la création d’Adam et Eve, on s’ouvre à l’islam comme vision de la vie et au Coran comme Livre de sagesse pour tous.

      1. La nature de l’homme et de la femme

L’idée selon laquelle Eve est tirée de la côté d’Adam est très populaire. Elle s’accompagne d’une autre idée : la femme est inférieure à l’homme, elle n’a pas d’existence propre, elle n’est qu’un fragment d’homme… Cette image et cette idée populaires continuent à faire du tort à la femme.

Dans le Coran, Dieu affirme qu’Il créé l’humanité à partir d’une âme unique :

 « Ô vous les hommes ! Craignez votre Seigneur qui vous a créés d’un seul être (min nafsin wâhidah ou d’une seule âme), et a créé de celui-ci son couple (zawjahâ), et qui de ces deux-là a fait répandre (sur la terre) beaucoup d’hommes et de femmes. Craignez Dieu au nom duquel vous vous implorez les uns les autres, et craignez de rompre les liens du sang. Certes Dieu vous observe parfaitement »[1].

Beaucoup de musulmans et parmi eux, certains savants, sans doute influencés par le récit biblique de la création, vont dire que Dieu a créé l’homme et qu’à partir de sa côte, Il a créé la femme. Ceci expliquerait pourquoi la femme serait naturellement inférieure à l’homme.

Or, cette idée est étrangère au Coran.

Par ailleurs, Eve – la femme – est-elle La Tentatrice ? Serait-elle naturellement plus disposée que l’homme à faire le mal ? Est-ce à cause d’elle que l’homme commet le mal ?

Cette idée populaire est étrangère au Coran.

Dans le récit coranique, ce n’est pas Eve (Hûwâ) qui tente Adam mais le diable qui a tenté le couple Adam et Eve et qui leur a fait commettre le péché :

« Puis le Diable, afin de leur rendre visible ce qui leur était caché – leurs nudités – leur chuchota, disant : ‘‘Votre Seigneur ne vous a interdit cet arbre que pour vous empêcher de devenir des Anges ou d’être immortels’’ »[2].

Tous deux ont été tentés par le diable, et tous deux vont commettre l’interdit :

« Tous deux (Adam et Eve) en mangèrent. Alors leur apparut leur nudité. Ils se mirent à se couvrir avec des feuilles du paradis. Adam désobéit ainsi à son Seigneur et il s’égara »[3].

Plus largement, toute personne, homme ou femme, est animée d’une double tendance vers le bien et le mal :

« Et par l’âme et Celui qui l’a harmonieusement façonnée ;

et lui a alors inspiré son immoralité, de même que sa piété !

A réussi, certes, celui qui la purifie.

Et est perdu, certes, celui qui la corrompt »[4].

Et chacun est responsable du bien et du mal qu’il réalise dans sa vie :

« Quiconque fait une mauvaise action ne sera rétribué que par son pareil; et quiconque, homme ou femme, fait une bonne action tout en étant croyant, alors ceux-là entreront au Paradis pour y recevoir leur subsistance sans compter »[5].

Ainsi :

« La femme, en islam, n’est pas la source du mal. Elle n’a pas tenté Adam. Le diable et la mort, qu’ils soient physiques ou moraux, ne sont pas venus au monde par sa cause. L’histoire coranique d’Adam et Eve ne mentionne pas Eve dans l’acte de désobéissance. (…) La condamnation de la femme par Saint-Paul comme véhicule à travers lequel la mort est venue au monde, qu’elle soit physique ou morale, est totalement absente en islam »[6].

En somme, Adam et Eve sont de même nature. Ils sont embarqués dans la même aventure : vivre, jouir de toutes les bonnes choses, tout en prenant le risque d’être confrontés au mal qui vient du fait que chacun est libre d’agir comme il le désir. Hommes et femmes sont alliés dans l’épreuve de la vie, pour comprendre le monde, pour rechercher la sagesse et la connaissance, pour cultiver l’amour et le plaisir dans le couple, pour jouir des bonnes choses et pour résister contre les injustices.

      2. Le sens de la vie, de l’interdit et du permis

Adam et Eve avaient le paradis pour « sakan », Maison. Dieu les invite à jouir de toutes les bonnes choses qui leur sont offertes, tout en respectant un seul interdit :

« O Adam, habite le Paradis, toi et ton épouse ; et mangez tous deux, à votre guise ; et n’approchez pas l’arbre que voici ; sinon, vous seriez du nombre des injustes »[7].

Mangez de toutes choses, à l’exception de cet arbre uniquement. Tout est permis, sauf cet arbre. Telle était leur épreuve.

Le récit de la création nous forme à bien comprendre le sens de l’interdit et du permis. Ce n’est pas le récit du « péché originel » mais de « la permission originelle ». A l’origine, dans la Maison du Paradis comme dans notre Maison commune – la Terre – tout est bon à l’exception de ce que Dieu a interdit afin de contenir en l’homme les excès et les injustices dont ce dernier est capable.

En effet, Dieu a créé tout ce qui est sur terre pour que l’homme puisse en jouir dans sa vie. La permission est la règle générale tandis que l’interdiction n’est qu’une exception. A l’origine, tout est permis : c’est ce que les savants musulmans classiques appellent le principe de « la permission originelle » (al-ibâha aslîyah), principe que l’on peut déduire notamment de ces versets :

« C’est Lui qui a créé pour vous tout ce qui est sur la terre (…) »[8].

« Ne voyez-vous pas que Dieu a mis à votre service ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre ? Il a répandu sur vous des bienfaits apparents et cachés… ».[9]

L’islam est un Appel universel à jouir de toutes les bonnes choses de la vie : l’amour, le plaisir partagé avec une femme ou un homme, les bonnes nourritures, etc. Il n’y a aucun péché originel, aucune culpabilité dont nous serions héritiers : tout est bon dans la vie, à l’exception de ce que Dieu a interdit afin de protéger l’homme contre ses propres excès et injustices :

« (…) Mangez et buvez de ce que Dieu vous accorde ; et ne semez pas de troubles sur la terre comme des fauteurs de désordre ».[10]

 

Ainsi, le récit de la création d’Adam et Eve illustre le sens de la vie : on est dans un univers où chacun est libre et où tout est permis, à l’exception de quelques limites nécessaires à la vie en société. Chacun est confronté au combat entre le bien et le mal qui a lieu à l’intérieur de lui et dans la vie en société.

A chaque fois qu’on est perdu ou qu’on est dans l’incertitude, on a le choix entre suivre les voix intérieures et extérieures qui nous poussent au mal, ou bien suivre sa raison, suivre sa tendance naturelle au bien, suivre la sagesse ou le Livre révélé qui encouragent au bien. Chacun a la possibilité d’éduquer son regard pour voir le monde avec sagesse, ou de fermer son cœur et son esprit à certaines réalités pour donner libre cours à ses passions. L’islam a pour vocation de rendre meilleure toute personne qui désire réaliser le Vrai, le Bien et le Juste dans sa vie. Quels que soient les choix et les actes réalisés dans sa vie, chacun devra en rendre compte, dans la Maison dernière – Dâr al-âkhirah – des choix et des actions réalisées dans sa vie sur Terre.

Sur terre, on est invité à éviter deux extrêmes dans la façon de conduire sa vie : ne pas fabriquer des interdits là où Dieu invite à jouir des bonnes choses de la vie ; ne pas nier la limite exceptionnelle qui sert de rempart qui protège les choses les plus belles et précieuses contre l’excès et l’injustice :

« Qui a interdit la parure (ou les belles choses) de Dieu, qu’Il a produite pour Ses serviteurs, ainsi que les bonnes nourritures ? (…)»[11], demande le Coran de façon rhétorique.

« Ô vous qui portez la foi ! Ne déclarez pas illicites les bonnes choses que Dieu vous a rendues licites. Et ne transgressez pas. Dieu, (en vérité) n’aime pas les transgresseurs ».[12]

Dans l’univers du permis, l’interdit n’est qu’une limite exceptionnelle donnée aux hommes pour les préserver de l’excès et de l’injustice. L’interdit n’est pas une tentative de la religion d’empêcher de jouir de quelque chose de bon et de sain. Ce n’est pas une limite arbitraire imposée par Dieu. Ce n’est pas une limite injuste que la religion imposerait à l’être humain. L’interdit est une limite exceptionnelle qui vise à préserver l’homme d’un mal qui risque d’affecter sa santé, son intelligence, sa moralité, sa liberté, sa responsabilité, sa vie sociale ainsi que son environnement. Ce n’est pas parce que le Coran interdit une chose que celle-ci est mauvaise ; c’est bien plutôt l’inverse : c’est parce qu’une chose est mauvaise que le Coran l’interdit. Ou encore, il l’interdit parce qu’elle contient plus de mal que de bien pour la vie de l’être humain.

Si Dieu existe, s’Il est le Créateur unique de tout ce qui vit, alors Il est Celui qui connaît le mieux le bien et le mal, alors derrière toute limite exceptionnelle prescrite, on doit pouvoir trouver une finalité, un sens et une sagesse. Car un tel Dieu ne peut pas agir de façon arbitraire, par caprice ou de façon injuste…

Mais, qu’est-ce qui est interdit ? Le fruit de l’arbre défendu : qu’est-ce que c’est ?

Dans le Coran, il n’est pas question de pomme mais simplement de « l’arbre » défendu. Savoir exactement si cet arbre est un pommier, un figuier ou autre n’a aucune importance. Ce qui importe, c’est que cet arbre est interdit, le seul interdit dans tout ce Paradis où tout est permis.

Mais qu’y a-t-il derrière cet arbre interdit ? Dieu voudrait-il cacher à Adam et Eve un bon fruit, une chose bonne telle que la connaissance, l’amour ou le plaisir sexuel ?

Lorsque Satan (shaytân) cherche à séduire Adam et Eve pour leur faire goûter au fruit de l’arbre défendu, il ne les attire pas vers l’arbre de la connaissance, de l’amour ou du plaisir sexuel. Il les séduit en leur faisant croire que Dieu leur a interdit l’arbre de l’éternité : en mangeant du fruit défendu, ils pourraient devenir éternels, à l’image des anges. Telle est la promesse trompeuse que le diable leur fait. Mais une fois qu’ils suivent la promesse du diable et commettent l’interdit, ils ne deviennent pas éternels. Ils ne font que prendre conscience de leur nudité :

« Puis le Diable, afin de leur rendre visible ce qui leur était caché – leurs nudités – leur chuchota, disant : ‘’Votre Seigneur ne vous a interdit cet arbre que pour vous empêcher de devenir des Anges ou d’être immortels’’»[13].

Dans le récit coranique, le fruit de l’arbre défendu n’est pas l’amour : Adam et Eve vivait déjà d’amour et de plaisirs innocents au Paradis. Ce n’était pas non plus la science ou la connaissance. Aimer, prendre du plaisir, connaître, chercher à comprendre ne sont pas un mal ou un péché. Le fruit défendu, c’est la limite absolue, la seule, dans tout ce Paradis où tout était permis, à la disposition d’Adam et Eve. C’est la limite qui protège les bonnes choses contre la dégradation et l’injuste.

Comme le dira al-Fârûqî, le fruit défendu ne renvoie ni à l’acte sexuel ni à la connaissance :

« L’acte de désobéissance n’était pas sexuel ; il n’avait rien à voir avec ‘’l’arbre de la connaissance’’ non plus. La recherche de la connaissance en islam est un devoir primordial, et non pas un mal »[14].

      3. L’amour et le plaisir sexuel dans le couple : un péché ?

Le récit de la création d’Adam et Eve pose un regard positif sur la vie, sur les choses bonnes et belles de la vie, sur ce couple qui a la liberté de jouir tout de ce que contient le Paradis, à l’exception d’un seul arbre.

Un homme et une femme qui s’aiment, qui sont comme aimantés l’un par l’autre, et qui font couple, agissent à l’image de la création où toute chose existe par couple, par paire, par deux :

« Et de toute chose Nous avons créé [deux éléments] de couple. Peut-être vous rappellerez-vous ? »[15].

Dieu a planté dans le cœur de chaque homme et de chaque femme, mawaddah (amour, bonté) et rahmah (tendresse, miséricorde). L’amour est un signe de Dieu et non pas la transgression de sa Volonté :

« Et parmi Ses signes Il a créé de vous, pour vous, des épouses pour que vous viviez en tranquillité avec elles (li-taskunû ilayhâ, mot-à-mot : afin que vous habitiez en elles) et Il a mis entre vous de l’affection (mawaddah) et de la bonté (rahmah). Il y a en cela des preuves pour des gens qui réfléchissent. Et parmi Ses signes la création des cieux et de la terre et la variété de vos langues et de vos couleurs. Il y a en cela des preuves pour ceux qui savent ».[16]

Dieu invite l’homme et la femme à s’envelopper de leur amour, à être un « Vêtement » l’un pour l’autre :

« (…) elles (vos femmes) sont un Vêtement pour vous (les hommes) et vous êtes un Vêtement pour elles. (…) C’est ainsi que Dieu expose aux hommes Ses enseignements, afin qu’ils deviennent pieux ! ».[17]

En réponse à une idée populaire qui voit dans le plaisir sexuel un mal et qui par conséquent, ordonne de réduire le lien intime du couple à n’être qu’un moyen de faire enfants, Dieu rappelle que le plaisir intime fait partie des belles choses dont chacun est invité à jouir en toute innocence :

« Vos épouses sont pour vous un champ de labour ; allez à votre champ comme [et quand] vous le voulez et œuvrez pour vous-mêmes à l’avance. Craignez Dieu et sachez que vous Le rencontrerez. Et fais gracieuse annonce aux croyants ! ».[18]

Plus encore, prendre du plaisir avec sa femme ou son mari, est une bonne action, est un acte d’adoration qui mérite une récompense, de même que toute bonne action que l’on réalise dans sa vie lorsque, par exemple, on fait un don, on offre un sourire ou on offre son aide… C’est cette vision qu’enseignait le prophète Muhammad à des personnes venues l’interroger :

« Ô Messager de Dieu, si quelqu’un satisfaisait ses envies sexuelles, cela serait-il considéré comme une bonne action ? ».

Il leur répondit : « Oui. S’il satisfait ses envies de manière illicite, ne récolterait-il pas une mauvaise action ? Prendriez-vous alors en compte le mal sans prendre en compte le bien ? ».[19]

 

Dans cette vision coranique de la vie, le mariage n’est pas le renoncement à l’amour et au plaisir sexuel mais précisément le meilleur chemin que l’homme et la femme sont invités à prendre pour jouir des bonnes choses de la vie, de façon libre et responsable. L’opposition entre l’amour et le mariage est totalement étrangère à la sagesse que rappelle le Coran.

Se marier, s’aimer et prendre du plaisir avec sa femme ou son mari n’est pas s’éloigner de la religion mais bien au contraire, c’est choisir un chemin par lequel chacun peut répondre à l’Invitation de Dieu en réalisant le bien, en s’approchant de la sagesse et de la piété.

      4. La connaissance est-elle un péché ?

Le Coran nous invite à entrer dans la vie avec optimisme en nous rappelant que la création est connaissable et transformable, bonne, à la disposition de l’homme :

« Et Il vous a mis à votre disposition tout ce qui est dans les cieux et sur la terre, le tout venant de Lui. Il y a là des signes pour des gens qui réfléchissent ».[20]

Chercher à connaître n’est pas un péché. Le péché, c’est justement de ne pas chercher à connaître. L’homme n’est pas en train de défier Dieu lorsqu’il cherche à comprendre et à connaître le monde. C’est Dieu Lui-même qui commande à l’homme de lire[21], qui lui enseigne l’écriture[22], le discours clair[23], le Livre de la sagesse[24], le nom de toutes choses[25], ainsi que le Livre de l’univers[26]… : bref, c’est Dieu Lui-même qui enseigne à l’homme ce qu’il ne savait pas[27]. Dieu offre toutes ces connaissances à l’homme pour que ce dernier puisse être Khalîfah ou Successeur de Dieu sur terre. En effet, en tant que Khalîfah, l’être humain est doté du pouvoir de connaître et de changer le monde, de se connaître et de se changer lui-même.

Ainsi, la connaissance n’est pas un « fruit défendu » ou un péché mais au contraire, le mal et le péché résident dans le fait de ne pas chercher à connaître et à comprendre, dans le fait d’accepter les discours humains sans en évaluer la validité et les impacts sociaux…

Chercher connaître le monde, c’est un devoir pour tout homme et toute femme. Car toute la différence entre l’animal et l’homme, c’est précisément dans l’exercice de la raison :

« Les pires des bêtes auprès de Dieu, sont, [en vérité], les sourds-muets qui ne raisonnent pas »[28].

Ne pas réfléchir, ne pas chercher à connaître la vérité du monde, à distinguer le bien du mal, le juste de l’injuste, ne pas exercer son esprit critique… : c’est commettre un mal qui risque de mener en enfer. C’est la leçon que l’on peut tirer de ces personnes ordinaires mises en scène dans le Coran. Elles sont en train de subir le Jugement de Dieu. Toute leur vie est mise sur la balance. Elles comme en prennent conscience ces hommes qui, le jour du Jugement, regrettent de ne pas avoir exercé leur raison pour bien conduire leur vie sur terre :

« Et ils dirent : ‘‘Si nous avions écouté ou raisonné, nous ne serions pas parmi les gens de la Fournaise’’ »[29].

      5. Qui est responsable du mal : la femme ? Le diable ? Dieu ?

Qui est responsable du mal commis (goûter au fruit de l’arbre défendu) ? Eve ? Adam… ? Le diable ? Dieu ?

Dieu est responsable d’avoir offert à l’homme la liberté de réaliser le bien et le mal.

Le Coran affirme qu’Adam et Eve sont tous deux responsables de s’être laissés séduire par le diable et d’avoir goûté au fruit de l’arbre défendu.

« Peu de temps après, Satan les fit glisser de là et les fit sortir du lieu où ils étaient (…) »[30]

Eve ne porte pas la responsabilité d’Adam. Chacun est responsable des désirs, des projets et des actions qu’il choisit de réaliser.

Le diable non plus n’est pas responsable de leur acte : il les a simplement induits en erreur. Il les a tentés, séduits et trompés. Il n’a fait que leur suggérer que leur vie serait meilleure, qu’elle serait éternelle s’ils osaient consommer ce qui leur avait été interdit. Il a réussi à inverser la réalité et à les tromper : la totalité du paradis qui était permise est devenue quelque chose de plus petit et de moins attractif que l’arbre défendu. L’arbre défendu à lui seul, a capté toute l’attention et le désir d’Adam et Eve. Le paradis a perdu toute sa valeur et tout son intérêt. C’est l’arbre qui a pris toute la valeur.

 

La responsabilité du diable se limite à son acte de séduction. Son pouvoir sur l’être humain est faible :

« (…) la ruse du Diable est, certes, faible »[31]

Au passage, dans le Coran, le diable n’est pas représenté sous la forme d’un serpent, contrairement au récit chrétien populaire.

 

Par ailleurs, est-ce que l’humanité est responsable du péché d’Adam et Eve ?

Non. Tout d’abord, à la suite de leur péché, Dieu pardonne à Adam et Eve :

« Puis Adam reçut de son Seigneur des paroles, et Allah agréa son repentir car c’est Lui certes, le Repentant, le Miséricordieux »[32].

Personne n’hérite du péché d’Adam et Eve. Comme l’exprimera bien al-Fârûqî, de façon synthétique :

« Le Coran dit bien qu’Adam et Eve ont tous deux été chassés du paradis. Mais il ajoute qu’ils se sont repentis et que Dieu leur a pardonné. Par conséquent, il n’y a pas de ‘’chute’’ en islam, et pas de ‘’péché originel’’ en résultant, d’aucune forme que ce soit »[33].

Dieu fait sortir Adam et Eve de la Maison du Paradis pour les faire entrer dans la Maison de la Terre. A nouveau innocents, ils sont mis à l’épreuve de leur fidélité à la volonté de Dieu, c’est-à-dire au Vrai, au Bien et au Juste. Ils sont totalement libres de réaliser le bien comme le mal. Dieu les invite à désirer sa volonté plus que toute autre volonté humaine. Il leur envoie une Invitation (Da’wah) à faire le bien et à résister au mal, à suivre la sagesse et à résister contre l’injustice et contre la médiocrité. Cette Invitation leur parvient par l’intermédiaire des prophètes et des Révélations successifs :

« Nous dîmes : ‘‘Descendez d’ici, vous tous ! Toutes les fois que Je vous enverrai un guide, ceux qui (le) suivront n’auront rien à craindre et ne seront point affligés. Et ceux qui ne croient pas (à nos messagers) et traitent de mensonge Nos révélations, ceux-là sont les gens du Feu où ils demeureront éternellement’’ »[34].

« Ainsi, Nous avons envoyé parmi vous un messager de chez vous qui vous récite Nos versets, vous purifie, vous enseigne le Livre et la Sagesse et vous enseigne ce que vous ne saviez pas »[35].

L’épreuve qu’Adam et Eve ont vécu au Paradis, l’humanité va la revivre sur la Terre. Chaque personne est désormais confrontée à la question de sa vie :

« Vais-je faire mon possible pour réaliser le bien en moi et autour de moi ? Ou bien vais-je laisser faire ou contribuer à répandre l’injustice en moi et autour de moi ? ».

L’être humain ne peut pas vivre comme si Adam et Eve ou comme si le diable étaient responsables du mal qu’il commet dans sa vie. Le mal existe sur terre parce que l’homme est Khalîfah/Successeur de Dieu sur terre, parce qu’il a le pouvoir d’être libre de réaliser le bien comme le mal. Le mal vient du cœur de l’homme – ses intentions, ses projets, ses désirs et passions non maîtrisées… –, de sa langue – ce qu’il dit et répète sans en évaluer la véracité, ce qu’il exprime en secret ou publiquement, son expression politique ou artistique… –, et de sa main – ce qu’il fait individuellement et collectivement, son comportement, sa culture, ses croyances religieuses, ses lois et ses institutions… :

« La corruption est apparue sur la terre et dans la mer à cause de ce que les gens ont accompli de leurs propres mains ; afin que [Dieu] leur fasse goûter une partie de ce qu’ils ont œuvré ; peut-être reviendront-ils (vers Dieu) »[36].

Demain, lorsque chacun sera soumis au Jugement de Dieu, chacun sera tenu responsable de ses seuls actes :

« Quiconque fait un bien fût-ce du poids d’un atome, le verra, et quiconque fait un mal fût-ce du poids d’un atome, le verra »[37].

 

      Conclusion

Le récit de la création, tel que nous l’offre le Coran, est plein de sagesses utiles pour nous aujourd’hui :

  • Chacun d’entre nous est confronté au grand combat de la vie : le combat entre le bien et le mal qui se déroule à l’intérieur de lui et autour de lui. Chacun est invité à bien connaître le monde pour bien résister contre les voix qui séduisent et poussent vers le mal.
  • Tout est permis dans la vie, à l’exception de quelques limites dont la finalité est de préserver contre un excès, un mal, ou une injustice.
  • L’homme et la femme sont égaux dans ce combat de la vie, ils sont alliés, partenaires, ils ont besoin l’un de l’autre pour réussir l’épreuve de la vie.
  • L’être humain ne peut pas à la fois aimer le pouvoir d’être libre et imputer la responsabilité du mal à Dieu ou au diable. Etre libre, c’est avoir aussi le pouvoir de réaliser le mal sur terre.
  • Pas besoin de sortir de la religion ou de réformer la religion pour jouir et cultiver les bonnes choses de la vie : l’amour, le plaisir sexuel, la connaissance, la recherche scientifique ou intellectuelle… L’amour, le plaisir et la recherche de la connaissance sont des bonnes actions, des actes d’adoration, au même titre que la prière, le jeûne, le don, etc.

 

Notes :

[1] Coran 4 : 1

[2] Coran 7 : 20

[3] Coran 20 : 121

[4] Coran 91 : 7-10

[5] Coran 40 : 40

[6] Ismâ’îl Râjî al-Fârûqî, Islam. Religion, practice, culture & world order, IIIT, Washington, 2012, p59

[7] Coran 7 : 19

[8] Coran 2 : 29

[9] Coran 31 : 20

[10] Coran 2 : 60.

[11] Coran 7 : 32.

[12] Coran 5 : 87.

[13] Coran 7 : 20

[14] Ismâ’îl Râjî al-Fârûqî, Islam. Religion, practice, culture & world order, IIIT, Washington, 2012, p59

[15] Coran 51 : 49.

[16] Coran 30 : 21-22.

[17] Coran 2 : 187.

[18] Coran 2 : 223.

[19]Hadith rapporté par Muslim

[20] Coran 45 : 13

[21] « Lis, au nom de ton Seigneur qui a créé », Coran 96 : 1

[22] « qui a enseigné par la plume [le calame] », Coran 96 : 4

[23] « Le Tout Miséricordieux. Il a enseigné le Coran. Il a créé l’homme. Il lui a appris à s’exprimer clairement. [le calame] », Coran 55 : 1-4

[24] « Ainsi, Nous avons envoyé parmi vous un messager de chez vous qui vous récite Nos versets, vous purifie, vous enseigne le Livre et la Sagesse et vous enseigne ce que vous ne saviez pas », Coran 2 : 151

[25] « Et Il apprit à Adam tous les noms (de toutes choses) (…) », Coran 2 : 31

[26] « Et parmi Ses signes la création des cieux et de la terre et la variété de vos idiomes et de vos couleurs. Il y a en cela des preuves pour les savants », Coran 30 : 22 ; « En vérité, dans la création des cieux et de la terre, et dans l’alternance de la nuit et du jour, il y a certes des signes pour les doués d’intelligence », Coran 3 : 190

[27] « a enseigné à l’homme ce qu’il ne savait pas », Coran 96 : 5

[28] Coran 8 : 22

[29] Coran 67 : 10

[30] Coran 4 : 76

[31] Coran 2 : 36

[32] Coran 2 : 37

[33] Ismâ’îl Râjî al-Fârûqî, Islam. Religion, practice, culture & world order, IIIT, Washington, 2012, p59

[34] Coran 2 : 35-39

[35] Coran 2 : 151

[36] Coran 30 : 41

[37] Coran 99 : 7-8

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