Aimer, c’est être une Maison l’un pour l’autre

Qu’est-ce que l’amour ? Comment le cultiver ?

Voici quelques réponses que l’on peut lire dans le livre de la sagesse : le Coran.

Aimer, c’est être une Maison l’un pour l’autre.

Si la finalité de la vie de tout homme et de toute femme, c’est de servir Dieu l’Unique, en toute liberté – ce qui se traduit par servir le vrai, le bien commun, le juste et le beau dans la vie quotidienne – la finalité du mari, c’est d’être une Maison pour son épouse ; la finalité de l’épouse, c’est d’être une Maison pour son mari. Autrement dit, c’est de se mettre au service de l’accomplissement de l’autre.

En effet, Dieu appelle chaque homme et chaque femme à être une Maison, un sakan, l’un pour l’autre, c’est-à-dire à le protéger, à être soi-même un espace dans lequel il va s’épanouir, goûter à l’amour, à la bonté, au plaisir, à la joie, à la paix, à la sécurité, à la douceur et à l’espérance… :

« Et parmi Ses signes Il a créé de vous, pour vous, des épouses pour que vous viviez en tranquillité avec elles (afin que vous habitiez en elles) et Il a mis entre vous de l’affection (mawaddah) et de la bonté (rahmah). Il y a en cela des preuves pour des gens qui réfléchissent. Et parmi Ses signes la création des cieux et de la terre et la variété de vos langues et de vos couleurs. Il y a en cela des preuves pour ceux qui savent ».[1]

L’homme est une Maison pour sa femme et réciproquement, parce qu’ils sont capables de s’apporter sécurité mutuelle, en s’engageant dans une relation durable.

D’ailleurs, le Coran parle de « Maison », de sakan, aussi bien pour désigner le paradis, la terre, la ville que le couple. Car habiter le paradis, habiter la terre, habiter une ville, habiter son couple, c’est jouir des bonnes choses toujours de manière innocente et responsable, en respectant les quelques limites qui protègent contre l’excès, contre la dégradation, contre les effets pervers, contre l’injustice faite aux autres ou à soi…

Adam et Eve avaient le paradis pour « sakan », Maison, en ce sens qu’ils étaient appelés à jouir de toutes les bonnes choses tout en respectant la limite que Dieu leur avait prescrite :

« O Adam, habite le Paradis, toi et ton épouse ; et mangez tous deux, à votre guise ; et n’approchez pas l’arbre que voici ; sinon, vous seriez du nombre des injustes ».[2]

Mais ils n’ont pas respecté la limite prescrite : ils ont touché au « fruit défendu ». Dans le récit coranique, « le fruit défendu » n’est pas l’amour : Adam et Eve vivait d’amour et de plaisirs innocents au Paradis. Ce n’est pas non plus la science ou la connaissance. Aimer, prendre du plaisir, connaître, chercher à comprendre ne sont pas un mal ou un péché. Le fruit défendu, c’est la limite absolue, la seule, dans tout ce Paradis où tout était permis, à la disposition d’Adam et Eve. C’est la limite qui protège les bonnes choses contre la dégradation et l’injuste.

Quoi qu’il en soit, Dieu pardonna la transgression de la limite prescrite :

« Adam reçut de son Seigneur des paroles ; puis Dieu accueillit son repentir. Dieu est, en vérité, celui qui revient sans cesse vers le pécheur repentant ; Il est Miséricordieux ».[3]

Dieu les renvoya tous deux pour « habiter la terre » de l’épreuve de la liberté : Dâr al-khilâfah, la Maison où l’homme est gérant libre et responsable de toute chose. Adam et Eve vont passer de la Maison du Paradis à la Maison de la Terre. Dans les deux Maisons, la philosophie de vie reste la même, à savoir : jouir des bonnes choses que Dieu a données à l’homme, mais en acceptant une limite, ne pas tomber dans l’excès et l’injustice.

Lorsque Dieu appelle l’homme et la femme à habiter l’un dans l’autre, à être une Maison l’un pour l’autre jusque dans la relation sexuelle, il s’agit toujours du même Appel, de la même philosophie de vie : habiter, c’est toujours accueillir les bonnes choses, en jouir, tout en s’engageant à ne jamais faire quelque chose d’injuste qui aura pour effet d’abîmer la Maison commune, le couple.

Et en effet, l’islam est un Appel universel à jouir de toutes les bonnes choses de la vie : l’amour, le plaisir partagé avec une femme ou un homme, les bonnes nourritures, etc. Il n’y a aucun péché originel, aucune culpabilité dont nous serions héritiers : tout est bon dans la vie, à l’exception de ce que Dieu a interdit afin de protéger l’homme contre ses propres excès.

 

Par ailleurs, le terme « sakan », Maison, est de la même racine que « al-sakînah » – l’apaisement – car le couple est appelé à être une Maison, une source d’apaisement. D’ailleurs, l’amour dans le couple fait jaillir un sentiment d’apaisement, de réconciliation et d’euphorie avec soi et avec le monde qui l’entoure.

Être une Maison pour sa femme ou pour son homme, c’est être un lieu de repos, de paix, de réconciliation, de plaisir, de joie, de tendresse, d’amour, de pardon, d’espérance. La Maison est le lieu dans lequel l’homme et la femme sont appelés à témoigner de leur fidélité à l’Appel de Dieu. Être une Maison pour son épouse ou pour son époux, c’est être un signe, un rappel, un témoignage de la bonté de Dieu.

Un homme et une femme sont une Maison l’un pour l’autre, une protection l’un pour l’autre à travers plein de petits gestes : par l’écoute et par des moments de conversation et de complicité ; par la fiabilité de leur parole et de leurs promesses ; par la cohérence entre la parole et les actions ; par le sourire et la joie qu’ils s’offrent ; par l’effort de faciliter les choses et de ne pas rendre la vie de l’autre désagréable…

Aimer, c’est rendre la vie facile à celui ou à celle qu’on aime. Chaque homme est appelé à s’efforcer de rendre la vie de sa femme facile et joyeuse, et réciproquement. C’est ce à quoi Dieu appelle chacun :

« Celui qui facilitera les choses à quelqu’un en difficulté verra Dieu faire de même avec lui ici-bas et dans l’au-delà ».[4]

« N’entrera pas en Enfer tout homme à l’abord facile, bienveillant, doux et proche des gens ».[5]

Celui qui aime manifeste son amour en aplanissant les difficultés de la vie, en la rendant plus agréable par sa présence, par ses gestes, par sa parole, par sa tendresse et par les services qu’il rend.

Offrir sa bonté autour de soi, à commencer par sa Maison, c’est le meilleur moyen de mériter la bonté et le pardon de Dieu :

« Soyez miséricordieux envers les gens pour que Dieu vous accorde Sa miséricorde, et pardonnez aux gens pour que Dieu vous pardonne ».[6]

 

Être une Maison pour sa femme ou pour son homme, c’est offrir la joie autour de soi, à l’image du prophète Muhammad qui taquinait sa femme ‘Aïsha en l’appelant « la rouquine » ; qui embellissait et la poétisait en l’appelant « Ô ‘Aîch ! » (« Ô source de vie ! »). Un jour, ce couple joua à faire la course. ‘Aïsha en sortit vainqueur. Une autre fois, ils refirent la course. Cette fois-ci, Muhammad gagna.

Ces petits jeux, ces petits noms, ces petits gestes sont le plus grand moyen dont nous disposons pour faire que l’amour circule dans le couple.

Un couple, une famille, une Maison meurt d’imperceptibles manques d’attention, manques de sourires, manques de petits gestes qui apaisent. Mais il renaît également grâce à des petits gestes quotidiens.

Être une Maison pour l’autre, c’est se couvrir de rahmah (miséricorde, tendresse, bonté…). Al-rahmah est pour le couple et pour la famille ce que l’eau est pour une rose : c’est l’énergie que l’on donne pour permettre à l’autre de pousser, de grandir et de vivre.

Le couple est une Maison lorsqu’il fait toujours l’effort de contenir ses émotions les plus négatives et de ne pas les transformer en comportements qui rendent la vie de la Maison désagréable voire insupportable.

Dieu n’est pas inattentif au bien et à tous les efforts qu’un homme ou qu’une femme donne pour être une Maison durable :

« Et sois patient. Car Dieu ne laisse pas perdre la récompense des gens bienfaisants ».[7]

Être une Maison pour sa femme ou pour son homme, c’est être patient, c’est lui donner le temps et l’énergie d’être meilleur.

Etre patient, c’est ne pas exiger de résultats tout de suite et accepter de s’engager dans un lent chemin dans lequel des résultats vont se produire progressivement :

« La patience, ce n’est pas s’asseoir et attendre, c’est prévoir. C’est se pencher sur l’épine et voir la rose, c’est regarder la nuit et voir l’aube. L’impatience, c’est être myope au point de ne pas pouvoir voir le résultat. Les amoureux de Dieu ne manquent jamais de patience, car ils savent que le temps est nécessaire pour que le croissant de lune devienne plein »[8].

 

Une dame nous raconte comment elle a réussi à être une Maison pour son homme :

« Quand je me suis mariée, mon mari était beau et musclé. Au bout de deux ans, il a eu le cancer. Son état et son physique se dégradaient. Il ne voulait plus rien faire. Il fallait tenir, être là avec lui. C’était très difficile pour moi car ce n’était plus la personne avec laquelle je m’étais mariée. Mais je suis restée à ses côtés quand il était au fond du trou. Ça l’a aidé à guérir. Si un jour, à mon tour, je tombe dans un trou, il sera pour moi une Maison dans laquelle je serais à l’abri et grâce à laquelle je pourrais me relever. Mais si on quittait l’autre dès lors qu’il n’est plus à l’image de celui qu’on a connu, plus personne n’aura de Maison où trouver paix, repos, joie, espérance… ».[9]

Ainsi, aimer, ce n’est pas seulement apprécier les qualités de l’autre. C’est aussi accueillir l’autre dans ses faiblesses, dans sa fragilité, dans ses imperfections. Si l’autre veut vraiment mon bien, il va faire des efforts. On se sent aimé lorsque l’autre ne nous fait pas passer un examen permanent pour évaluer notre performance émotionnelle, esthétique, sexuelle, sociale, professionnelle, intellectuelle ou financière… On se sent aimé lorsque l’autre nous accepte dans nos qualités et dans nos faiblesses.

Cette même femme raconte encore comment elle a accueilli les imperfections de son mari :

« Mon mari, quand il se lave les dents, éclabousse la glace. Je lui ai demandé de faire des efforts car c’est pénible de nettoyer tous les jours. Aujourd’hui, quand il s’absente quelques mois pour son travail, la glace est parfaitement propre. Mais en réalité, je préfère la glace éclaboussée à cette glace propre aujourd’hui qui me renvoie à ma solitude ».[10]

Les imperfections d’une personne ont pour conséquence que son image se dégrade ou se fane dans notre esprit. Et pourtant,

« Même lorsque la fleur se fane, son parfum demeure »[11].

Aimer, c’est donc apprendre à sentir le parfum d’une fleur, même lorsqu’elle se fane, autrement dit, apprendre à continuer à apprécier sa femme ou son homme même lorsque celui-ci perd ses attraits.

 

Aimer l’autre, c’est le couvrir de rahmah, de tendresse et de douceur :

« Si Dieu veut du bien à un foyer, il y introduit la douceur »[12].

La douceur, c’est ce qui rend la Maison agréable et attractive. C’est le souci d’accueillir l’autre. C’est veiller à son bien-être quotidien, c’est se sentir responsable du bien et du mal qui peut l’affecter. C’est ce message que nous rappelle Saint-Exupéry :

« Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. Tu es responsable de ta rose… ».[13]

Le couple et plus largement la famille est une Maison qui abrite la vie des hommes et des femmes, des plus jeunes aux plus vieux. L’amour, que ce soit entre un homme et une femme, entre un parent et son enfant, ou encore frères et sœurs en humanité, c’est une graine, un élan intérieur que Dieu a mis dans le cœur de chacun, pour dépendre les uns des autres, pour être solidaires, pour se soutenir mutuellement… : bref, pour que chacun soit une Maison pour chacun.

Être une Maison, pour son couple et ses enfants, pour sa famille élargie, c’est prendre soin d’eux, c’est être responsable de leur bien-être quotidien. C’est ce message que nous rappelle également le prophète Muhammad :

« Chacun d’entre vous est un berger et chacun d’entre vous sera interrogé concernant son troupeau. Le dirigeant est un berger, l’homme est un berger pour les gens de sa Maison, la femme est une bergère pour la Maison de son époux et pour ses enfants ».[14]

Être un berger, ce n’est pas exercer son pouvoir et sa domination sur les autres. Bien plutôt, c’est veiller au bien commun, prendre soin des autres, c’est ressentir le mal qui les atteint comme s’il nous atteignait nous-mêmes. C’est ressentir la faim, la soif et la peine qui touche les autres.

 

 

 Sources:

[1] Coran 30 : 21-22

[2] Coran 7 : 19

[3] Coran 2 : 37

[4] Hadîth rapporté par Muslim

[5] Hadîth rapporté par Ahmad

[6] Hadîth Sahîh al-Djâmi

[7] Coran 11 : 115

[8] Shams Tabrizi, cité dans Shafak, Elif (2010), Soufi, mon amour. Editions 10/18. Sur la rencontre entre Shams et Rûmi

[9] Témoignage personnel de Valérie

[10] Témoignage personnel de Valérie

[11] Proverbe chinois

[12] Hadîth Ahmad

[13] Antoine de Saint-Exupéry (2007), Le petit prince. Editions Gallimard, p91-92

[14] Hadîth rapporté par al-Bukhârî et Muslim

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  1. Hanae dit :

    Salam alaykom ! 😃 Merci pour cet article très instructif , c’est cela que j’aime le plus en Islam c’est la promotion de l’Amour , du Bonheur , de la Joie et de la Douceur. Les conseils sont pourtant simples mais hélas difficiles à pratiquer car notre mode de vie est constamment influencé par plusieurs facteurs externes . Des facteurs tels la situation socio-économique, la situation émotionnelle , la situation environnementale … A nous de nous armer de patience et d’indulgence même si il y’a des jours où c’est pas facile . Un jour on tombe et puis un autre jour on se relève telle est la devise de la vie, c’est une lutte constante. En tout cas je souhaite que tout le monde puisse trouver une stabilité dans sa propre vie et rencontrer un/une partenaire qui lui sera source de joie et de bonheur! 😊

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