De nos jours, le concept de « famille » évoque généralement « parents et enfants ». Pourtant, le Coran nous encourage à adopter une perspective plus large : la famille englobe l’ensemble des personnes avec qui nous entretenons des relations. Elle inclut nos parents et grands-parents, oncles et tantes, cousins et cousines, neveux et nièces, ainsi que nos voisins et amis…
La famille ne se limite pas aux êtres que nous chérissons : elle comprend également la veuve et l’orphelin, le voyageur et la personne dans le besoin, même si nous ne les connaissons pas. Elle ne se réduit pas non plus aux personnes avec qui nous nous sentons à l’aise : elle englobe tous ceux envers qui nous avons un devoir de solidarité.
Au-delà de cette vision élargie, le Coran nous introduit à une conception du monde où chaque individu est relié aux autres, formant une seule et même famille humaine.
L’absence du concept d’« Autrui » dans le Coran
Le terme « Autrui » n’apparaît jamais dans le Coran pour désigner les êtres humains. En effet, « l’Autre » ou « Autrui » constitue un concept anthropologique qui suggère l’existence de différentes catégories, voire races d’humanité.
L’autochtone américain, dont on questionnait autrefois l’existence d’une âme, représentait cette figure de « l’Autre », cet être dont on ignorait s’il était véritablement humain, méritant respect, justice et même amour.
Dans la perspective coranique de l’humanité, « les autres » sont invariablement « nous », des êtres humains semblables à nous et non des créatures dont on pourrait questionner l’âme. « L’Autre » est considéré comme un « frère » appartenant à la même famille humaine. À ce titre, il mérite une place à notre Table, à notre repas.
La Table : pilier de la communauté et de la famille
Tout comme l’islam ne peut exister sans une communauté humaine qui choisit de cultiver sa sagesse, il ne peut y avoir de communauté ni de famille sans une Table autour de laquelle on se rassemble pour partager un repas, et bien plus encore.
La Table représente l’instrument privilégié pour susciter et entretenir l’amour au sein d’une communauté entière. Le Ramadan constitue le mois idéal pour dresser cette Table et faire circuler l’amour.
Expérimentations concrètes autour de la Table du Ramadan
Concrètement, la Table du Ramadan offre l’opportunité de s’exercer à toute une palette de transformations :
Maîtriser l’art culinaire
Apprendre l’art de cuisiner, c’est aussi maîtriser l’art d’accueillir ses proches, de leur manifester de l’attention et de leur apporter douceur et joie. La cuisine permet également de découvrir l’histoire de sa culture et de sa famille.
Pratiquer le jeûne numérique
S’abstenir ou limiter l’usage des tablettes et téléphones pour offrir son attention aux proches et favoriser la conversation.
Pour les jeunes : participer activement
Proposer son aide pour se préparer concrètement à son rôle d’homme et de femme : participer à la préparation de la table, faire les courses, soulager les adultes et les plus jeunes ; rendre service à sa famille élargie, à ses voisins…
Pour les adultes et aînés : retrouver sa place centrale
Écarter la télévision de sa position centrale et reprendre sa fonction familiale : raconter des histoires, évoquer les grandes figures de sa culture, partager l’histoire et l’expérience des générations qui ont marqué sa famille…
Échanger sur la signification du Ramadan, sur ce qu’implique l’islam dans le quotidien, sur l’histoire familiale…
Renforcer les liens sociaux
Effectuer la tournée de sa famille, de ses proches et amis, en les invitant chez soi pour le repas de rupture du jeûne (al-iftâr) ou en acceptant leurs invitations.
Rendre visite aux personnes les plus sages au sein de sa famille élargie, prendre le temps de les connaître, de découvrir leur expérience de vie.
Accueillir au-delà de ses préférences
Recevoir la veuve, l’orphelin et la personne dans le besoin autour de sa table, ou plus simplement des étudiants, des cadres, des travailleurs, des personnes sans emploi ou encore des célibataires qui se retrouvent isolés.
Il peut s’agir de personnes qu’on n’apprécie pas nécessairement, envers lesquelles il n’existe pas a priori de sentiment positif. Accueillir la veuve, l’orphelin et la personne démunie, c’est accueillir au-delà de ce que nous dictent nos désirs et préférences personnelles.
En conclusion
Chacun d’entre nous détient le pouvoir de répandre la joie et l’amour autour de lui durant ce mois béni du Ramadan, en faisant de sa table un lieu de partage et de fraternité universelle.









