Cet extrait provient de l’ouvrage de Mohamed Oudihat, « Étude sur le célibat musulman », disponible sur https://delamour.fr/livres
L’épuisement des tentatives répétées de rencontres
Pour une grande partie des célibataires musulmans, le véritable problème ne réside pas dans l’absence d’occasions de rencontrer quelqu’un. Au contraire, les opportunités sont nombreuses. C’est notamment le cas d’Inès qui partage son expérience :
« Le souci ne se situe pas au niveau des rencontres pour moi ! Même dans ma faculté de droit remplie de non-musulmans aux opinions parfois extrêmes. Notre difficulté réelle concerne le mariage lui-même ! Les échanges en ligne sont innombrables, les rendez-vous se multiplient sans jamais aboutir concrètement ! Les unions qui fonctionnent se réalisent généralement par l’intermédiaire d’une relation commune. Lorsqu’une connaissance mutuelle nous présente, les attitudes de chacun sont encadrées et le respect est présent. Les personnes évitent les comportements inappropriés. Des valeurs partagées existent probablement. À l’inverse, sur les plateformes de rencontres où les options sont illimitées, on voit quelqu’un un jour, une autre personne le lendemain. Personne ne peut nous renseigner sur la qualité de l’individu rencontré. Les erreurs s’accumulent, les comportements se dégradent, mais sans témoin, cela semble acceptable. Étrangement, plus notre liberté est grande, moins les choses se concrétisent ! Nous disposons aujourd’hui d’une liberté totale, pourtant nous ne nous marions pas ! Savoir que mon interlocuteur connaît mon père m’incite à ne pas créer de conflits pour des broutilles. L’absence de lien commun autorise tous les excès et nous dégrade mutuellement ».
Le piège du « prends ton temps » généralisé
Notre époque voit la multiplication d’un même conseil : « Ne te précipite pas, apprends à connaître l’autre avant le mariage ». Cette recommandation se répand précisément à une période où les mariages diminuent, où l’âge nuptial recule considérablement, où la majorité hésite longuement avant de s’engager, où la crainte de l’engagement prédomine.
Dans ce contexte, « découvrir l’autre » n’est plus une simple préparation ou une phase préalable au mariage : désormais, on consacre son existence à apprendre à se connaître sans jamais franchir le pas. On veut tout savoir de l’autre : son passé, ses « fréquentations », ses blessures psychologiques, son profil personnel, et malgré tout, le sentiment d’insuffisance persiste avec le besoin constant de prolonger cette période de découverte « pour avoir des certitudes ».
L’amour précieux mais vulnérable face à l’usure
L’amour représente quelque chose de rare et délicat. Le risque d’épuisement et de saturation amoureuse existe après une ou plusieurs tentatives sincères visant à se découvrir et envisager le mariage. Car de façon paradoxale, comme le souligne Rayhana : « Fréquenter longuement une personne ne garantit pas de la connaître. C’est une illusion ! »
Soulayman révèle avoir beaucoup investi dans les échanges et les rencontres matrimoniales. Son célibat perdure, explique-t-il, parce qu’après chaque échec, une période de découragement difficile s’installe et le ralentit considérablement :
« Je crois que j’y ai consacré une énergie excessive, comprends-tu ? Tu investis ton cœur et soudainement tout s’arrête, et quand c’est terminé, cela te paralyse. Une chute énergétique importante survient, te faisant perdre un temps précieux, avant de retrouver ta motivation. C’est comparable à une batterie : la recherche, les phases de découverte mutuelle représentaient un travail épuisant et systématiquement, je devais reconstituer mon énergie pour poursuivre. Cela m’a fait perdre énormément de temps. J’aurais probablement dû limiter mon implication à chaque tentative ».
Les traumatismes des projets matrimoniaux avortés
Safia témoigne du traumatisme causé par un homme avec qui elle envisageait sérieusement le mariage :
« Je vais évoquer une expérience qui m’a profondément affectée. J’ai rencontré un homme remarquable. Sincèrement remarquable ! Il m’apparaissait comme quelqu’un de pieux. Après quatre mois d’échanges, il avait fait la connaissance de mon père, etc. Nous avions tenté de respecter scrupuleusement les convenances. Néanmoins, il refusait que je rencontre sa mère. Nos rendez-vous servaient uniquement à discuter de questions… »


