Œuvrer pour davantage d’équité en faveur des femmes, que ce soit au sein du foyer, dans le parcours éducatif, dans l’environnement professionnel, dans l’espace public ou les lieux spirituels… constitue une lutte collective que les hommes devraient entreprendre aux côtés des femmes. Toutefois, il existe des approches féministes divergentes concernant la définition même de l’équité et les méthodes pour l’atteindre. Parmi ces courants, une pensée particulière s’impose et prédomine : le féminisme conçu comme expression de l’individualisme.
L’influence de l’époque sur la pensée féministe
En réalité, notre manière de concevoir et de vivre le féminisme, tout comme la spiritualité ou l’implication citoyenne, subit fortement l’influence de « l’air du temps ». Historiquement, lors de la première phase de modernisation, le message féministe a été récupéré pour légitimer le système industriel capitaliste. Depuis la deuxième modernité, il sert à consolider l’ordre capitaliste individualiste. Dans ces deux situations, comme le souligne l’analyse d’Edgar Morin, la femme devient « l’agent secret de la modernité ».
Le féminisme libéral : un relativisme moral problématique
À notre époque, le féminisme individualiste et libéral représente le discours prépondérant. Il fonctionne selon le principe contemporain du relativisme éthique : l’essentiel réside dans la défense du libre arbitre féminin, indépendamment de la dimension morale de ce choix. On assiste ici à une transformation philosophique et éthique majeure du discours féministe actuel : le bien équivaut à ce qu’une femme décide, quel que soit l’objet de sa décision.
Curieusement, toute décision prise librement par une femme serait automatiquement légitime et « féministe ». Or, si le nationalisme amalgame le Bien avec les aspirations d’une nation, si le machisme l’assimile à ceux d’un homme, le féminisme l’identifie à ceux d’une femme… Il s’agit de trois manifestations d’égocentrisme qui placent la Nation, l’Homme (au sens masculin) ou la Femme au centre de l’univers, comme référence ultime pour déterminer la Vérité, le Bien et la Justice.
Une défiance systématique envers l’institution matrimoniale
Le féminisme prépondérant prétend représenter l’ensemble des femmes – sans les consulter et en s’imposant à la majorité – et encourage la méfiance vis-à-vis du mariage qui serait, selon cette vision, source de souffrance et d’injustices pour « la femme ». Voilà pourquoi il n’existe pratiquement pas de production littéraire féministe célébrant la splendeur de l’union conjugale.
Par contre, on découvre une abondante littérature instillant le doute sur le mariage et l’existence familiale, incitant les femmes à se percevoir comme « autonomes », n’ayant nullement besoin de s’unir à un homme pour s’accomplir pleinement. Le message féministe dominant se concentre sur la démonstration visible qu’une femme peut « s’accomplir » sans nécessairement passer par l’étape du mariage ou de la « maternité ».
Du mariage comme épanouissement au mariage comme entrave
Ce discours vise à substituer la valeur constructive du mariage et de la vie familiale par leur refus en tant que source de frustration féminine, de charge psychologique et de sacrifice de son développement personnel. Il tente de détourner la femme de l’union matrimoniale en la focalisant sur son évolution personnelle.
« Dépendante » sur le plan affectif, elle devrait désormais conquérir son autonomie. Manquant de confiance, elle devrait apprendre l’estime de soi et développer son assurance. Empathique et attentive aux nécessités d’autrui, elle devrait prioritairement se concentrer sur elle-même. Attachée à son compagnon, elle devrait apprendre le détachement et s’aimer en priorité. Enfermée dans le mariage qui constituerait une forme de domination masculine, elle devrait explorer des modes de vie plus libres pour profiter de son existence et de sa corporalité.
L’extension de l’individualisme masculin à la sphère féminine
Au cours du XXe siècle, la glorification de l’individualisme et donc de l’autonomie et de l’accomplissement personnel chez l’homme s’est simplement étendue à la femme. Devenue Femme malgré elle (Selon Simone de Beauvoir, « On ne naît pas femme, on le devient »), elle devrait devenir Homme (en cultivant son développement personnel) pour être authentiquement Femme.
Effectivement, la surévaluation de l’autonomie et de la réalisation individuelle oriente la femme vers l’accomplissement personnel prioritaire, l’expression et la culture de ses aspirations, ses sentiments et ses ambitions…, en somme, vers le « Moi en premier ». Cette posture morale affaiblit considérablement le désir et l’aptitude à s’engager dans le mariage.



