Cet extrait provient de l’ouvrage de Mohamed Oudihat, Analyse du célibat dans la communauté musulmane : https://delamour.fr/livres
La crainte de s’engager dans le mariage
La crainte de franchir le pas du mariage touche indifféremment hommes et femmes. Ses origines sont multiples et ses manifestations extrêmement variées. Cette appréhension se dissimule fréquemment sous des justifications apparemment légitimes pour expliquer une situation de célibat prolongé.
À titre d’illustration, nombreux sont ceux qui déclarent : « Mon célibat s’explique par le fait que je fais peu de rencontres ». Rkiya témoigne : « Qu’est-ce qui m’a principalement empêchée de me marier ? En réalité, c’est mon absence de réseau. Pour tout le reste, je n’ai pas de problème ». Pourtant, cette même personne révèle ailleurs durant son témoignage que grâce à son implication dans des associations et sa présence régulière dans des centres de formation islamique, elle bénéficie d’un réseau relationnel très étendu et varié.
L’angoisse de l’engagement correspond à la peur d’orienter définitivement son existence et d’adopter une direction de vie déterminée. Amal observe que les hommes qu’elle côtoie manifestent de la réticence lorsqu’elle évoque le sujet matrimonial : « Tous se lamentent et souhaitent se marier, mais concrètement, ils restent passifs. Les hommes particulièrement. Ils prétendent être en recherche tout en évitant systématiquement l’engagement ».
Amir relate l’appréhension qu’il perçoit chez les femmes qu’il rencontre : « Les femmes fuient autant que les hommes. Sur mon profil j’indique clairement : »Je souhaite avoir un enfant rapidement. Je désire que mon épouse se consacre à l’éducation des enfants jusqu’à leur indépendance ». Cette position provoque systématiquement leur fuite ».
Amira, 26 ans, possède une double nationalité franco-marocaine. Titulaire d’un Master obtenu dans une école de commerce et d’ingénieur, elle exerce comme consultante en management. Elle révèle son appréhension face au mariage et aux obligations que cela implique : « Sincèrement, je ne me sentais pas suffisamment mûre pour le mariage car j’éprouvais des inquiétudes personnelles. J’étais convaincue de ne pas être capable d’assumer cette responsabilité, de vivre avec quelqu’un, de gérer toutes les obligations que cela suppose, je doutais de mes capacités ».
Quelles sont les origines de cette peur de l’engagement ?
L’impact des expériences malheureuses
Les expériences douloureuses du passé constituent un obstacle considérable qui entrave notre volonté matrimoniale. Dans cette perspective, après une séparation, un temps de reconstruction s’avère nécessaire avant d’envisager une nouvelle union. On peut traverser une phase durant laquelle le mariage provoque un rejet profond, accompagné de la crainte de répéter la même expérience négative.
Djamila témoigne : « Après ma séparation, j’éprouvais un dégoût pour le mariage. J’ai affirmé à mes frères que je ne me remarierais jamais. Quelques mois plus tard, une amie m’a présenté un de ses collègues. Je l’ai rencontré à Paris. Il était vraiment charmant. Mais j’étais toujours habitée par la colère, repliée sur moi. Dans cette situation, la responsabilité m’incombait ».
Baya, 34 ans, de nationalité belge et d’origine marocaine, titulaire d’un Master en Management et développement international, occupe un poste de cadre dans la fonction publique territoriale. Elle évoque l’appréhension qu’elle a ressentie suite à son divorce : « L’année suivant ma séparation, je refusais d’accepter ce qui m’était arrivé. Je passais mon temps à énumérer toutes les défaillances de mon ancien époux. Je n’étais absolument pas disposée à faire de nouvelles rencontres. Les années qui ont suivi, j’ai entrepris un travail d’introspection profonde. Mon cheminement spirituel m’a permis de comprendre mon impuissance à transformer les situations ou à changer autrui, mais ma capacité à me transformer personnellement pour attirer la personne appropriée. La religion m’a accompagnée dans ce travail intérieur, en plaçant Dieu au centre de ma vie, en développant la confiance en moi grâce à la confiance en Dieu ».
Le poids des déceptions antérieures n’affecte pas uniquement les personnes divorcées, mais également toute personne ayant vécu des désillusions amoureuses. Effectivement, les expériences vécues avec les hommes ou les femmes rencontrés ne sont jamais neutres, elles influencent profondément le cœur, la capacité d’aimer, de faire confiance aux autres et de se faire confiance à soi-même.



