Cet article constitue un extrait de l’ouvrage de Mohamed Oudihat, Étude sur le célibat musulman : https://delamour.fr/livres
Des exigences matrimoniales devenues excessives
Avoir des attentes et refuser de s’unir avec n’importe qui témoigne d’une connaissance de ses besoins et de sa valeur. Cependant, lorsque ces exigences deviennent disproportionnées, que les acquis sont constamment remis en question et que la quête du « parfait » devient obsessionnelle, cela révèle l’inverse.
Cette escalade d’exigences crée une situation paradoxale dont chacun se lamente, tout en en étant responsable. Les célibataires, hommes comme femmes, se cherchent sans jamais se rencontrer car ils poursuivent une illusion : celle d’une personne répondant parfaitement à leur désir illimité d’autonomie et de réalisation individuelle.
Quand la lucidité surgit : des témoignages révélateurs
Plusieurs personnes interrogées reconnaissent, lors de moments de clarté, que leurs attentes envers l’autre sont probablement démesurées :
Djamila réalise avec le recul : « Nous sommes sans doute trop difficiles, trop demandeurs envers l’autre ».
Cyrielle partage son expérience : « Durant les 15 années écoulées, j’ai été sollicitée par de nombreuses demandes en mariage. Seulement 6 à 7 hommes ont retenu mon attention suffisamment pour entamer des discussions approfondies. Ces échanges ont perduré entre quelques semaines et plusieurs mois. Je commence à penser que le problème vient peut-être de moi. Lorsque j’observe des personnes improbables qui ont convolé et vivent heureux, je me questionne sur ma complexité excessive. Mais j’ignore précisément où j’ai commis l’erreur ».
Le regard masculin sur l’escalade des exigences féminines
Les hommes déplorent également cette multiplication d’exigences manifestées par les femmes. Houcine, 44 ans, franco-algérien et agent aéroportuaire, relate ses rencontres avec des femmes aux critères très élevés :
« J’ai croisé des femmes affirmant : »Si mon futur époux ne possède pas une maîtrise parfaite du Coran, inutile de se présenter », etc. On entend de tout, c’est hallucinant ! Les femmes placent la barre très haut concernant l’apparence physique. D’accord, l’attirance mutuelle compte, mais sans tomber dans l’excès. Certaines femmes à l’apparence ordinaire recherchent un homme au physique exceptionnel. Et selon moi, cela explique leur célibat. On reproche aux hommes de vouloir des femmes magnifiques. C’est réel, c’est exagéré. Mais du côté féminin, elles réclament des profils totalement irréalistes ! Elles souhaitent des surhommes, des prophètes, des érudits maniant l’arabe comme Molière maîtrisait le français, ou un expert shakespearien, un physique d’athlète : »Oh non, il a quelques kilos en trop, c’est rédhibitoire ! »… Je pense particulièrement à deux femmes de mon entourage : l’une avocate, l’autre travaillant dans la finance. Elles exigent un homme avec un salaire spécifique, une silhouette athlétique… Leurs demandes sont démesurées ! Je leur affirme : »Vous allez éliminer l’homme avant même de l’avoir connu ! » ».
Un rejet basé sur le statut professionnel
Houcine, qui dispose d’une situation financière confortable, raconte comment il fut écarté simplement pour avoir mentionné son intention de devenir enseignant :
« Un jour, on souhaitait me présenter une femme. Sa sœur contacta la mienne. Ma sœur dut certainement me mettre en valeur auprès d’elle : »Mon frère est ingénieur, intelligent, séduisant, pratiquant, etc. ». J’ai téléphoné à la sœur aînée de la candidate. Elle me posa des questions : »Quelle est votre profession ? ». Je répondis être ingénieur en télécommunication dans une entreprise, mais envisager une reconversion vers l’enseignement. Dès que j’ai prononcé le mot professeur, l’orientation de notre échange s’est totalement transformée. Elle tenta de me décourager de cette voie. Je percevais avoir instantanément perdu toute crédibilité à ses yeux. La conversation s’acheva rapidement. Elle ne tenta jamais de me présenter sa sœur. Ce jour-là, j’ai mesuré à quel point le statut socio-professionnel pouvait peser dans les jugements. Or, je ne désirais pas une épouse qui m’accepterait uniquement pour ma position sociale. Car que se passera-t-il demain si ma situation évolue, si j’exerce une profession différente ? »


