Cet article s’inspire du travail de Mohamed Oudihat dans son ouvrage consacré à l’étude du célibat au sein de la communauté musulmane.
Introduction
Les entretiens menés lors de cette recherche révèlent qu’un grand nombre de célibataires fait face à de multiples obstacles qui compliquent l’engagement matrimonial. Le désir de se marier existe bel et bien, mais il se heurte à diverses barrières : immaturité personnelle, contraintes économiques ou rareté des opportunités de rencontre.
Les aspirants au mariage souhaitent éviter toute forme de déception ou de frustration après l’union. Les échanges et les rencontres successives engendrent paradoxalement des exigences croissantes. Cette quête incessante de « l’âme sœur idéale » génère découragement et appréhension face à l’engagement.
Le sentiment amoureux nécessite d’abord une estime de soi développée. L’aspiration à l’épanouissement conjugal se confronte au manque de disponibilité, les individus privilégiant d’autres sphères d’accomplissement : carrière professionnelle, cercle amical, activités récréatives, voyages ou cheminement spirituel.
La volonté existe, mais la préparation fait défaut. La recherche s’effectue, mais sans véritable détermination. Explorons en profondeur les obstacles rencontrés par les célibataires musulmans dans leur parcours matrimonial.
Premier obstacle : Les aspirations contradictoires
Les célibataires peuvent être tiraillés entre des aspirations et convictions opposées, compliquant considérablement la gestion de leur existence et le choix d’un partenaire de vie.
Prenons l’exemple d’une femme qui souhaite un conjoint « pratiquant » tout en éprouvant une gêne face au port du voile, que ce soit en raison du regard social défavorable ou du désir de préserver certaines activités comme les sorties à la plage. Inversement, une femme peut rechercher un homme sensible et attentionné, rejetant les attitudes dominatrices, tout en étant paradoxalement attirée par des profils masculins totalement opposés, incarnant le stéréotype du « mauvais garçon ».
Ces tensions intérieures créent une confusion majeure dans le processus décisionnel.
Hassina perçoit clairement ces contradictions internes qui la détournent vers des rencontres inadéquates : « Mes premières contradictions résident en moi-même. Je suis influencée simultanément par les valeurs occidentales contemporaines, les traditions familiales et les principes islamiques. Lorsque je rencontre quelqu’un ancré dans la modernité qui rejette tradition et religion, c’est mon propre choix que je questionne. J’ai en effet accepté de rencontrer une personne en total décalage avec mes valeurs. »
Anis identifie parfaitement ce conflit interne entre attraction et répulsion : « D’une part, je souhaite rencontrer ma future épouse dans un contexte respectueux, au sein de son environnement familial. D’autre part, je suis conscient que certaines femmes révèlent une personnalité différente hors de ce cadre. Je désire une union stable, mais je suis également attiré par une femme dont l’attachement exclusif envers moi ne garantit pas nécessairement la stabilité. »
Rizlaine, âgée de 36 ans, a connu le mariage puis le divorce. Mère de deux enfants et titulaire d’un Master en Ressources Humaines, elle occupe un poste de Directrice des Ressources Humaines impliquant de nombreux déplacements professionnels. Malgré son désir de remariage, elle projette l’image d’une femme autonome, donnant l’impression de ne pas rechercher activement la stabilité : « Mon principal obstacle reste mon autonomie, à laquelle je tiens profondément. Nombreux sont les hommes qui me conseillent de manifester un besoin de présence masculine pour favoriser mes chances de mariage, alors que je n’en ressens aucune nécessité. Pourquoi feindre ? Je ne sais pas jouer la comédie. Mon apparence autoritaire pose problème. C’est effectivement le cas, mais ce n’est qu’une façade protectrice. »
Rkiya, 38 ans, française d’ascendance algérienne, est enseignante titulaire d’un Master en Langue arabe. Très jeune, elle a rejeté l’idée matrimoniale malgré de multiples opportunités. Aujourd’hui encore, sa relation au mariage demeure ambivalente : elle désire sans vraiment désirer, recherche sans véritablement rechercher.



