L’islam représente une véritable célébration de l’amour et du plaisir. Pourtant, cette affirmation peut sembler étrange aujourd’hui, tant persiste l’idée que jadis, les mariages se concluaient sans sentiment amoureux ni recherche de plaisir mutuel. Mais cette conception est-elle véridique ? L’amour et le plaisir seraient-ils des innovations de notre époque moderne ?
Le mythe du mariage sans amour dans l’histoire
Une croyance répandue suggère qu’autrefois, les unions se formaient sous la pression familiale, sans affection réelle, uniquement dans un but de procréation et sans épanouissement sensuel. L’étude historique de l’amour à travers diverses civilisations révèle pourtant combien cette perception est erronée. Nous avons tendance à confondre l’histoire occidentale récente avec celle de l’ensemble de l’humanité.
Comme le souligne Eva Illouz dans ses recherches sur l’histoire de l’amour : « Il ne faut évidemment pas exagérer la différence entre le monde moderne et prémoderne. Dans le passé, hommes et femmes contractaient des unions en jouissant d’une certaine autonomie, éprouvaient des sentiments amoureux et se séparaient en se sentant relativement libres de leurs décisions. »
La conception islamique de l’amour
La civilisation musulmane a considérablement influencé cette vision positive de l’amour conjugal. Dans cette tradition, l’amour est perçu comme beau, vertueux et pur. Il constitue un avant-goût du Paradis terrestre et se manifeste à travers la bonté, le don de soi et la bienveillance (rahmah).
L’amour s’exprime également par la tendresse (mawaddah), la fraternité (ukhûwah), l’amitié et le compagnonnage (sohbah). Il représente un foyer (sakan), un vêtement protecteur (libâss), une aile (junâh) sous laquelle on abrite l’être aimé. C’est une source de plaisir et de jouissance partagés de manière libre et responsable.
Comme la foi religieuse, l’amour authentique ne peut s’épanouir sous la contrainte. Telle une chose précieuse et délicate, il nécessite des limites et une protection pour perdurer. À l’instar de toute valeur importante, l’amour comporte ses excès, ses imitations et ses dérives contre lesquels il faut se prémunir.
L’enseignement du Prophète Muhammad sur le mariage
Le prophète Muhammad (paix sur lui) a enseigné qu’aimer et se marier comptent parmi les plus précieux bienfaits que Dieu nous offre dans cette existence. Un récit illustre parfaitement cette sagesse : un père vint consulter le Prophète car sa fille était éprise d’un homme de condition modeste, alors qu’il désirait la voir épouser un prétendant plus fortuné.
Ce père n’était ni cruel ni opposé au bonheur de sa fille. Par affection paternelle, il estimait qu’une meilleure situation économique garantirait une vie plus confortable à son enfant. Ce désir parental est tout à fait compréhensible et légitime.
Cependant, ce père ne s’est pas contenté d’imposer sa vision personnelle. Conscient qu’il existe une sagesse universelle, même concernant le choix d’un époux, il consulta le Prophète pour élever sa réflexion et confronter sa conviction à une connaissance plus vaste et équitable.
La réponse du Prophète fut sans équivoque : « On ne connaît rien de meilleur que l’union pour deux personnes qui s’aiment. » En d’autres termes, il est préférable qu’une jeune femme épouse quelqu’un qu’elle aime sincèrement plutôt qu’un homme choisi uniquement pour sa prospérité matérielle. Car s’unir par amour constitue l’une des plus belles expériences de la vie humaine.
L’amour sans chronologie imposée
Ce récit (hadîth) révèle un aspect remarquable : l’amour ne suit aucun calendrier préétabli. Les sentiments peuvent naître aussi bien après le mariage qu’avant celui-ci. Avant l’union, l’amour peut surgir d’un simple regard échangé, d’une voix entendue, de la beauté physique, de l’intelligence, du courage ou de la générosité qui nous touchent chez l’autre. Il peut également se développer progressivement à travers l’habitude de se rencontrer.
Dans son célèbre traité sur l’amour, Ibn Hazm exprime cette même philosophie : « Il n’existe au monde nulle situation comparable à celle de deux amoureux unis par des liens licites agréables au Seigneur, dont l’harmonie perdure et se prolonge jusqu’à leur dernier souffle. »
Le plaisir conjugal comme valeur spirituelle
Le Prophète va plus loin en enseignant que partager le plaisir avec son épouse et lui procurer de la satisfaction représente une dimension essentielle du couple en islam. Cette vision intègre la dimension sensuelle et affective comme partie intégrante d’une vie spirituelle équilibrée et épanouie.









